« Les gens que je croisais me dévisageaient en fronçant les sourcils. Apparemment, j'avais parlé à voix haute. J'ai mis ça sur le compte de la fatigue et je me suis promise de faire attention, mais ça n'a pas manqué de m'inquiéter un peu. Je n'en ai pas parlé à Natacha, mais elle m'a reparlé de ses grandes théories de souvenirs enfouis et je lui ai fait comprendre que ce n'était pas le moment sur un ton que j'ai regretté immédiatement. Pauvre Natacha. Elle a aussitôt changé de sujet, et a aussi abandonné l'idée de venir me faire dormir chez elle, persuadée que l'inquiétude des premiers instants était passée. Ce qu'elle aurait dû faire, mais force m'était de constater que ce n'était pas le cas. Dans cet appartement, et plus généralement dans cet immeuble vieux, un peu délabré, peu sécurisé, je sentais toujours une sensation de mal-être m'étreindre le coeur.
Le soir même, après avoir tourné le verrou, je me suis surprise à pousser ma commode devant la porte. Ca m'était venu sans que j'y réfléchisse. Je l'ai remise à sa place, j'ai pris un somnifère et je me suis écroulée comme une masse pour un sommeil peuplé de cauchemars et de petites filles au visage d'adulte larmoyant.
- Tu devrais en parler à ta mère, Mariam.
Encore ? me suis-je exclamée en silence. Mais n'avait-elle donc que cette solution là à proposer ? J'avais été passer mon bonjour quotidien à Natacha qui m'avait retenue pour prendre un rêve, et je n'avais pas pu m'empêcher de lui avouer que je continuai à faire le même rêve. C'était donc ma faute si on en était arrivé à cette lamentable conclusion, mais ça aurait pu être pire. Elle ne m'avait encore sorti la carte d'aucun interprète de rêves.
- Pourquoi faire ? ai-je soupiré. Après tout, ils n'étaient pas là, ils ne peuvent vraiment pas savoir ce que les cambrioleurs ont fait quand je suis arrivée...
Elle m'a dévisagée d'un drôle d'air et je me suis rendue compte de ce que je venais de dire. Pourtant, elle ne m'a posé aucune question, mais l'inquiétude qui se lisait dans son regard m'a exaspérée :
- Oh, bon sang ! Ne cherche pas des significations cachées partout, je suis fatiguée, je ne sais plus ce que je dis !
Et puis je me suis levée pour rentrer chez moi. Mais qu'est ce qui me prenait, d'être aussi irritable et désagréable avec cette pauvre Natacha ? Surtout quand son plus grand crime était de se faire du souci pour moi ! En refermant la porte de son appartement, j'avais déjà honte de moi et je me suis promise de lui présenter mes excuses rapidement.
Le soir venu, je n'ai réalisé que j'avais barricadé ma porte avec ma commode que lorsque j'étais déjà couchée, et trop fatiguée pour me relever. J'ai dormi mieux que toutes les autres nuits depuis le cambriolage. J'ai recommencé les nuits suivantes, mais le cauchemar a fini par revenir. De plus en plus oppressant, de plus en plus violent, et de plus en plus précis. Je ne parvenai plus vraiment à distinguer la frontière des violences qui étaient faites à cette enfant, qui m'étaient faites à moi. J'avais déjà acquis la certitude que les cambrioleurs étaient toujours sur place lorsque j'étais arrivée ; à présent j'étais envahie par la crainte de ce qu'ils avaient pu bien me faire. S'étaient-ils contentés de me faire taire ? »
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander