Mariam
" La nuit commençait à peine de tomber lorsque je suis sortie du travail. Ce soir, le docteur Leferret avait décidé de fermer son cabinet plus tôt pour préparer son départ en congrès, et par conséquent de me laisser partir deux heures plus tôt. Je comptais en profiter pour faire quelques courses mais en passant la porte du cabinet, le froid hivernal m'a mordue si méchamment que j'en ai perdu toute volonté. Au diable les courses, je n'avais plus qu'une envie : rentrer chez moi, me préparer un café, pousser le chauffage et peut-être inviter quelques amies à venir partager ma longue soirée ! J'ai passé le trajet à me maudire pour avoir oublié mes gants et le moment où j'ai refermé la porte de l'immeuble derrière moi a peut-être été mon premier plaisir de la journée. Mon appartement se trouve au troisième étage mais j'ai pris l'habitude, en montant, de m'arrêter au deuxième étage pour saluer ma voisine, aussi l'ascenseur reste un luxe que je ne m'accorde pas souvent. Aujourd'hui n'a pas fait exception à la règle et ce n'est qu'en arrivant au deuxième étage que je me suis rappelée de mon avance. Natacha, ma voisine et meilleure amie, ne devait pas encore être chez elle. C'est peut-être à ce moment-là que j'ai pensé qu'il y avait quelque chose d'anormal, de pas comme d'habitude. J'ai monté les dernières marches à la hâte, pressée que j'étais de retrouver mon chez moi.
La porte était entrouverte et mon coeur a fait un bond dans ma poitrine. Je ne me suis pas posé la question. Je ne suis pas quelqu'un de stressé et je ne nie pas que j'aurai pu oublier de fermer ma porte à clé. Mais de là à la laisser entrebaillée...
J'ai essayé de calmer les battements de mon coeur et me suis efforcée de contrôler ce réflexe inconscient et nuisible de retenir sa respiration, puis je me suis approchée et ai poussé doucement la porte. L'entrée ne présageait rien de bon. Des manteaux gisaient au sol, les bras en croix, les poches retournées. On aurait dit des cadavres. J'ai fait un pas à l'intérieur et me suis mordue la lèvre inférieure. Une latte du plancher, sous mon pied, avait protesté. Et s'ils étaient toujours là ? Une odeur âcre agressa mes narines. Un grincement sinistre...
C'est tout ce dont je me souviens. J'ai beau faire tous les efforts possibles, mes derniers souvenirs consistent en une odeur inhabituelle et un bruit indéfinissable. Après, ce n'est pas le flou, non. C'est le néant, les ténèbres, le vide. Jusqu'à ce que me réveille nez à nez avec un air angoissé. L'air angoissé de ma voisine du dessous qui, n'ayant pas eu droit à ma salutation quotidienne, était venue aux nouvelles et m'avait trouvée inanimée au milieu d'un tas de manteaux. Elle, ce n'étaient pas les manteaux qu'elle avait pris pour des cadavres. Il faut dire qu'un filet de sang s'écoulait de ma tempe... J'ai cru qu'elle allait pleurer quand j'ai ouvert les yeux. Apparemment, j'étais restée inconsciente très longtemps ! "
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