« Elle n'a d'abord pas voulu que je me lève, préférant attendre les secours pour être sûre que je n'avais rien de sérieux, mais à part un léger mal de crâne je me sentais bien et il était hors de question que je reste ainsi allongée alors que je venais d'être cambriolée. Et je suis bien plus entêtée que cette pauvre Natacha. En attendant la police, elle et moi on a fait le tour de mon appartement et constaté les dégats. Ils avaient pris à peu près tout ce qui avait de la valeur, prenant bien soin de tout fouiller pour ne rien laisser échapper, et je pouvais d'hors et déjà faire une croix sur l'idée de porter un jour les bijoux de ma mère. Fort heureusement, je garde très peu d'argent chez moi, mais il allait me falloir plusieurs jours pour tout remettre en état. Je crois que c'est uniquement la présence de Natacha, à ce moment là, qui m'a convaincue de retenir mes larmes. Je ne suis pas spécialement attachée aux objets, mais voir mon appartement dévasté m'a fait repenser à la désapprobation de ma mère quand je leur ai appris mon intention de quitter la maison, et la scène qui a suivi.
Je passerai sur l'arrivée de la police et des secours. Je n'avais, comme je l'avais supposé, rien de grave et ils m'ont soignée sur place. Dans l'immeuble, les voisins n'étaient pas présents au moment où les cambrioleurs ont opéré, et personne n'avait rien entendu. Ils ne sont pas parvenu pas à trancher s'ils étaient encore là quand je suis arrivée, s'ils m'ont assommée ou si je me suis évanouie et blessée en tombant. Pas vraiment fructueux. Et moi, je n'avais plus qu'à mettre de l'ordre dans ce qu'il restait de mes affaires. Natacha est restée pour m'aider, ce qui était vraiment très gentil à elle ; mais à moments j'aurai préféré qu'elle ne soit pas là pour pouvoir me débarasser de cette boule qui m'obstruait la gorge. Et finalement, j'ai passé la soirée à ranger mon appartement avec mon adorable voisine au lieu d'inviter des amies.
Le soir venu, j'ai senti qu'une étrange appréhension me nouait la gorge au moment de pousser le verrou. La serrure devait être changée le lendemain et je n'avais que ce verrou, qui m'avait suffi jusqu'alors mais que je trouvai maintenant bien frêle, à mettre entre moi et le monde extérieur. Une voix en moi m'a ordonné de pousser légèrement la commode de l'entrée, de manière à ce qu'elle obstrue la porte. Ce n'était pas grand chose, quelques dizaines de centimètres devraient suffire... Quelques dizaines de centimètres pour ma tranquillité d'esprit, pour dormir en paix. Mais j'ai refoulé cette voix, comme j'ai refusé d'aller dormir chez Natacha. Pousser cette commode devant ma porte ou fuir la solitude de mon appartement, ç'aurait été donner prise à mes peurs et leur accorder un droit de séjour chez moi, et cela je le refuse. Evidemment, j'ai très mal dormi. Ce que je peux être entêtée, parfois. »
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