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Les textes et photos de ce blog sont sous le copyright de Genn.

Mercredi 3 janvier 2007

   


« Heureusement, le cambriolage avait eu lieu un vendredi soir et j'avais le week-end et les deux jours de congrès du docteur Leferret pour me reposer et me réconcilier avec mon sommeil. Le matin, Natacha est passée voir si j'allais bien. Ma mine de déterrée ne lui a pas échappé. Elle a renouvelé sa proposition de me faire passer la nuit chez elle, et j'ai renouvelé mon refus. Je ne lui ai pas non plus raconté mon cauchemar, ça l'aurait sûrement inquiétée. Enfin, c'est ce que je me suis dit. Et puis je me suis avouée que c'était moi que ça inquiétait. J'avais peur des conclusions qu'elle tirerait de cette brêve vision et contre lesquelles je muselais mon esprit. Natacha croit dur comme fer aux messages des rêves et je ne suis pas loin de partager son avis, souvent. Et ce rêve... J'en suis sûre, j'ai vu un homme frapper une petite fille ressemblant étrangement à celle que j'ai été. Et je ne possède pas de tels souvenirs. C'est forcément lié à ce qui m'était arrivé hier. Mais justement... Qu'est ce qui m'est arrivé hier ? Je n'en ai plus aucun souvenir. La question, à laquelle je n'avais pas accordé d'importance au premier abord, devant les pertes que j'avais subies, a commencé à me travailler. Que s'est-il passé pendant ces instants dont je ne garde pas de souvenirs autres qu'une vague odeur et un grincement ? Les cambrioleurs étaient-ils toujours présents, ou non ? Et... Que m'ont-ils faits ?

- Tu devrais en parler à ta mère, Mariam.

    J'ai sursauté. Je m'étais perdue loin dans mes pensées, presque jusqu'à en oublier la présence de Natacha. Ma réaction l'a inquiétée, bien sûr. J'ai dû me concentrer pour me rappeler de ce qu'elle venait de me dire. En parler à ma mère ? Elle avait raison, comme toujours. La voix de la sagesse, Natacha. Et pourtant, elle n'est pas plus vieille que moi. Elle a eu vingt-et-un ans le mois dernier. Mais elle, sa séparation d'avec le cocon familial s'est faite en douceur et avec le consentement de ses parents, qu'elle adore et qui l'adorent. Elle a du mal à concevoir une famille où l'on ne communique pas et où l'on ne fait pas d'efforts pour comprendre et accepter les décisions des autres. Elle vit dans un nuage à des kilomètres de la terre ferme, la plupart du temps. Et la plupart du temps, je ne comprends vraiment pas comment elle réussit à m'influencer, avec ses grands yeux clairs, sa bouche en coeur et ses sourcils sérieux. Enfin. J'ai acquiescé et me suis exécutée.

- Qu'est-ce que tu veux de moi, de l'argent ?

    J'ai soupiré. Heureusement que je n'avais pas mis le haut-parleur, la réaction de ma mère aurait sûrement brisé les illusions de Natacha. Et la personne qui se le permettra aura affaire à moi ! Le monde a trop besoin de Natacha et de ses rêves sucrés. D'ailleurs, ma mère n'est pas si dure. Elle n'a tout simplement pas avalé mon départ de la maison, il y a quelques mois, et ses réactions épidermiques ne visent, la plupart du temps, qu'à m'atteindre. Désolée, maman, mais je te connais trop pour m'y laisser prendre !

- Maman, laisse un peu ta fierté de côté, tu veux ? Ca remonte à quand, la dernière fois que je t'ai demandé de l'argent ? Tu sais bien que je ne t'appelle pas pour ça. Il m'est simplement arrivé quelque chose, et je le dis à celle qui m'a mise au monde et élevée. C'est si bizarre ? Tu aurais préféré que je ne te le dise pas ?

- En tout cas, tu ne peux pas dire que je ne t'avais pas prévenue. Tu es partie trop jeune de la maison ! Tu n'étais pas assez mature ! Je parie que tu avais oublié de fermer la porte à clé, tiens. Parfois je me demande à quoi tu penses.

    La discussion a continué sur ce mode pendant une dizaine de minutes. Enfin, j'ai surtout beaucoup laissé parler ma mère. Elle a mon départ en travers de la gorge, et essaie comme elle peut de le décoincer. Je laisse faire, je sais qu'elle ne pense pas un mot de ce qu'elle dit et qu'avec le recul, elle s'en voudra. Je ne m'inquiète pas, ça finira par lui passer.

    J'ai raccroché en disant à Natacha que tout allait bien. Je ne sais pas si elle m'a crue ou non, mais elle a décidé de prendre mon week-end en main. Et énergique, la main ! Les activités se sont succédées à une vitesse affolante. D'abord, passer à l'hopital pour surveiller l'évolution de ce qui s'est révélé n'être qu'une ecchymose, puis au commissariat pour ne rien apprendre. Ensuite, Natacha m'a concocté ce qu'elle appelle un "plan de remise à niveau du moral", principalement à base de cinéma, de bar, de patisserie, de boutiques de vêtements et surtout de fous rires entre amies. Le week-end a été très agréable, même si me faire dépenser de l'argent après que j'en ai tant perdu n'était pas forcément l'idée du siècle. La présence de Natacha m'apaise toujours. De son point de vue, cette journée était ce qu'il me fallait pour me gonfler à bloc, comme elle l'a fait pour elle. Je ne comprendrai jamais comment ce genre d'activité pour rendre leur joli sourire aux Natacha. Quelque part, je jalouse sans doute leur capacité à tirer de la bonne humeur et des forces dans les petites joies de la vie. Comme par exemple essayer un nouveau vêtement et se découvrir jolie, dépenser de l'argent mis de côté sur un coup de tête ou dévorer des pâtisseries. A moi, il me faut bien plus, et c'est peut-être ce qui fait que les Natacha seront toujours plus heureuses que les Mariam. »


Par Genn - Publié dans : Nouvelles et contes
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