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Les textes et photos de ce blog sont sous le copyright de Genn.

Vendredi 5 janvier 2007 5 05 /01 /2007 13:03

 


  « Le samedi soir, nous sommes sorties voir des amies chez qui nous avons passé la nuit à discuter de choses et d'autres, passant du futile à l'important et de l'important au futile avec naturel. C'était bon de pouvoir penser à autre chose, de pouvoir dormir en se sachant bien entourée. Le lendemain, nous avons remis. Et le soir venu, on a fini de remettre mon appartement en état, puis j'ai dîné chez Natacha. Elle a prétexté, pour me faire venir, un besoin de compagnie et mon propre désir de fuir la solitude m'a convaincue de rabaisser ma firté et d'accepter. Parce que je sais bien que derrière cette invitation, il y a le sous-entendu humiliant de la précarité de ma situation financière. Elle n'a pas tort, cela dit. les prochains mois risquent d'être durs.

    J'ai du refuser au moins pour la dixième fois de dormir chez elle, et je suis rentrée me coucher. La même envie de pousser la commode devant la porte m'a travaillée, mais j'ai résisté. Malgré ma fatigue, j'ai eu presque autant de mal que la veille à m'endormir. La nuit, le silence se fait assourdissant et le moindre bruit résonne comme un coup de gong. Je ne pourrai pas compter le nombre de fois où les pas de mes voisins dans leur appartement m'ont fait sursauter. Plusieurs fois même, il m'a semblé entendre la porte d'entrée et j'ai dû me retenir de ne pas aller vérifier. La peur n'entrera pas ici ! Et finalement, après m'être résolue à me faire une tisane, j'ai réussi à trouver le sommeil.

    Le cauchemar a pris la même forme que l'avant-veille. J'étais emprisonnée dans les ténèbres, je haletai, je suffoquai. Il y avait quelque chose de malveillant, de menaçant, tout près de moi et je n'arrivai ni à l'atteindre ni même à l'apercevoir. Je ne sais si j'essayai de me défendre contre cette chose, ou si, ayant conscience de rêver, je tentai de me réveiller, mais je ne parvenai ni à l'un ni à l'autre. Un homme sans visage est apparu et a abattu violemment la main, le poing serré. Sur moi ? Non. Sur une petite fille recroquevillée, qui pleurait et qui gémissait. Je me suis éveillée en sursaut, en sueurs. Comment se faisait-il que je fasse le même rêve, le même cauchemar plutôt, deux nuits de suite ? Moi qui n'avais plus eu de cauchemars depuis mon enfance ?

    J'avais furieusement envie d'en parler à quelqu'un. Mais à qui ? A ma mère, pour qu'elle me refasse les mêmes reproches sempiternels, à Natacha pour qu'elle s'inquiète? Non, hors de question. De toutes façons, ça n'avait probablement pas d'importance. J'ai essayé de me rendormir mais il me semblait que la chose tapie était au fond de mon cerveau s'était évadée et rôdait dans mon appartement. Je n'ai pas pu fermer l'oeil.


    J'ai passé la journée du lendemain à faire mes comptes et à réfléchir sur la manière de limiter mes dépenses. Natacha, mes voisins, mes amies travaillaient, le week-end était fini. Mais le docteur Leferret était en plein congrès, et j'avais encore deux jours de repos devant moi. Deux longs jours de désoeuvrement et de solitude... Toute seule, je n'avais pas le courage d'aller affronter la cruauté de l'hiver, et je suis restée chez moi toute la journée. Avec pour seule occupation, la question de mes dépenses. J'allais évidemment devoir limiter mes sorties, aller moins souvent au restaurant, me priver à droite à gauche. Mais le bilan n'était pas si catastrophique que ça. Le soir venu, je suis allée au cinéma pour ne pas croiser Natacha. Je n'avais pas envie de lui mentir lorsqu'elle me demanderait comment je me sentais. Et après la séance, je suis directement allée me coucher, une légère appréhension me nouant l'estomac.

    Ca n'a pas manqué, dès que j'ai réussi à trouver le sommeil mon cauchemar est revenu. Encore plus réel que les nuits précédentes. J'étais dans le noir, encore, mais j'y reconnaissais des formes. Des murs, des meubles. J'étais dans mon appartement ! Mais c'était comme si les choses n'étaient pas vraiment à leur place, je ne parvenais pas à m'y retrouver. J'ai senti la menace, à présent familière, arriver derrière moi, se déplacer en même temps que moi. Et l'homme sans traits est apparu. Son visage était exactement comme s'il portait une cagoule, et pourtant quelque chose en moi savait qu'il n'en portait pas. La petite fille s'est mise à pleurer tandis qu'il la battait, mais je ne me suis pas réveillée. Et l'homme s'est mis à frapper de plus en plus fort, faisant pleuvoir les coups sur son visage, son dos, ses bras, sans qu'elle ne puisse rien faire. Tout à coup, la petite fille a levé la tête et j'ai enfin aperçu son visage larmoyant. C'était le mien. Pas celui que j'avais quand j'étais petite, non. Le mien. C'est ma douleur à la gorge qui m'a réveillée, je crois. Je pleurai. »

 


Par Genn - Publié dans : Nouvelles et contes
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