« Le lendemain soir, lorsqu'elle est rentrée du travail, j'ai raconté mon cauchemar à Natacha. Une partie de moi ne le voulait pas, mais l'autre voulait encore moins affronter encore une nuit sans en avoir parlé à personne; Comme je m'y attendais, ça l'a inquiétée. Elle m'a sorti sa théorie sur l'interprétation des rêves, les souvenirs refoulés et les messages du subconscient. Pour elle, mon cauchemar signifiait à n'en pas douter que les cambrioleurs étaient encore sur place lorsque je suis arrivée, et qu'ils m'avaient violentée. C'est le fait que l'homme n'ait pas de visage, surtout, qui l'a convaincue, puisque le cambrioleur portait surement une cagoule pour masquer ses traits. Quant à la petite fille, et bien elle représentait ma propre impuissance face à ces hommes, et mon désir d'être protégée, réconfortée. Je dois dire que j'étais bien loin d'être de son avis, et je lui ai fait savoir avant qu'elle ne me propose de consulter un psychologue ou encore de me faire hypnotiser. On ne sait jamais, avec elle. Mais cela me travaillait, malgré tout. Il y avait plusieurs instants de ma vie dont je ne gardai aucun souvenir, et je ne pouvais pas attribuer cela qu'à un choc puisque je ne l'avais pas vu venir. Comment savoir ce qui s'était passé ? Je ne pouvais même pas dire combien de temps de souvenirs j'avais perdu.
J'ai remercié Natacha de m'avoir écoutée et suis allée me coucher. J'étais épuisée par le manque de sommeil, mais j'étais également légèrement nerveuse. Nerveuse à l'idée de refaire encore le même cauchemar, d'une part, et nerveuse d'autre part à l'idée de ne pas réussir à trouver le sommeil. Ce qui, évidemment, ne m'a pas aidée. Au bout de deux bonnes heures à me tourner dans tous les sens dans mon lit, je me suis décidée à prendre un somnifère, ce que je ne fais jamais d'habitude. Mais là, c'était trop. Et au détriment de mes convictions, j'ai eu un sommeil presque calme.
J'ai repris le travail dès le lendemain matin. Il faut croire que je n'étais pas totalement remise de mes nuits presque blanches, parce que le docteur Leferret s'est immédiatement rendu compte que quelque chose n'allait pas. De fil en aiguille, je lui ai avoué que j'avais été cambriolée mais n'ai rien ajouté sur le trou noir qui a suivi mon arrivée chez moi, ni sur mes cauchemars.
- Hé bien, Mariam ! s'est-il écrié. C'est un sale coup, mais vous pouvez au moins vous estimer chanceuse de ne pas être arrivée pendant qu'ils étaient là ! Qui sait ce qu'ils auraient fait ? Ces gens là sont vraiment prêts à tout !
Puis il m'a proposée de rentrer chez moi en avance, et j'ai apprécié sa gentillesse malgré la maladresse de sa réaction. J'ai refusé, bien entendu. D'une part parce que je refuse de changer quoique ce soit à mon quotidien et d'accorder ainsi trop d'importance à cet évènement, d'autre part parce que je n'avais pas franchement envie de revoir plus vite un appartement dans lequel je ne me sens plus vraiment en sécurité. Indubitablement, je me sentais à peu près partout plus à l'aise que chez moi, alors que j'avais adoré cet endroit dès que je l'avais visité. A l'époque, il faut dire que cet appartement avait un goût d'indépendance et le parfum agréable de ce que l'on ne doit qu'à soi-même. J'en aimais les moindres recoins et j'ignorais ses imperfections. Ce n'était pas que je ne l'aimais plus, non, mais sa vieillesse qui était un charme autrefois, était devenue une faiblesse. Une fragilité. Avec son minuscule verrou, avec sa timide serrure, comment s'y sentir à l'abri, en sécurité ?
Sur le chemin du retour, je me suis rendue compte que les paroles un peu étourdies du docteur Leferret m'avaient troublée. Je ne parvenais pas à me les sortir de la tête. " Vous pouvez vous estimer chanceuse de ne pas être arrivée pendant qu'ils étaient là. " Mais non, à mon arrivée ils étaient déjà partis ! " Qui sait ce qu'ils auraient fait ? " Ils auraient probablement seulement fui, pour ne pas avoir d'ennuis. C'étaient des cambrioleurs, pas des meurtriers. " Ces gens là sont vraiment prêts à tout !" Non, non. Ils n'ont rien fait. Ils n'auraient rien fait, ils n'étaient pas là ! »
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||